
Pourquoi les œuvres consacrées à la liberté des femmes provoquent-elles si souvent moins un débat qu'un déchaînement ? Stéphanie Genand met en regard Delphine de Germaine de Staël, publié en 1802, et Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, paru en 1949. Malgré la distance historique qui les sépare, les deux ouvrages rencontrent une même hostilité : la critique délaisse leurs propositions littéraires et philosophiques pour attaquer leurs autrices, leur corps et leur légitimité à penser. À travers le divorce chez Staël, puis la construction sociale du féminin chez Beauvoir, ces textes révèlent l'écart persistant entre les libertés reconnues par le droit et leur refus dans les mœurs. L'article éclaire aussi une difficulté plus intime. Pour analyser la condition féminine, Staël et Beauvoir doivent prendre leurs distances avec elle, au risque de paraître renier ce qu'elles cherchent à défendre. Leur pensée demeure ainsi traversée par une contradiction : dénoncer l'ordre qui assigne les femmes tout en éprouvant elles-mêmes la puissance de ses préjugés.