I—L'Intemporel

Hans Jonas
1903 — 1993
XXe siècle
München-Gladbach (auj. Mönchengladbach), Empire allemand
Philosophie, Éthique, Philosophie de la biologie, Philosophie de la religion
II—Biographie
Né le 10 mai 1903 à München-Gladbach (aujourd'hui Mönchengladbach) dans une famille juive rhénane, Hans Jonas étudie la philosophie à Fribourg, Marbourg et Heidelberg auprès de Husserl, Heidegger et du théologien Rudolf Bultmann. Sa thèse sur la gnose antique, soutenue à Marbourg en 1928 et publiée sous le titre « Gnosis und spätantiker Geist » (1934), applique à la lecture des textes gnostiques les outils de l'herméneutique existentiale — travail pionnier qui le lie pour la vie à sa condisciple Hannah Arendt. Contraint à l'exil en 1933 — juif, et rompant définitivement avec Heidegger après l'adhésion de celui-ci au parti nazi —, il gagne la Palestine mandataire, puis s'engage dans la Brigade juive de l'armée britannique et combat en Italie contre la Wehrmacht. À son retour, il apprend que sa mère a été assassinée à Auschwitz — traumatisme qui infléchira durablement sa pensée. Il combat de nouveau lors de la guerre d'indépendance israélienne de 1948, avant d'émigrer au Canada (McGill, puis Carleton) en 1949, puis à la New School for Social Research de New York en 1955, où il enseigne jusqu'à sa retraite en 1976. Sa pensée bascule alors de l'histoire des religions vers une philosophie systématique de la vie organique : « The Phenomenon of Life » (1966, édition allemande « Organismus und Freiheit », 1973) fonde l'éthique dans la structure même du vivant, contre le dualisme cartésien. Ce travail culmine dans « Das Prinzip Verantwortung » (1979) — Le Principe responsabilité —, qui propose un nouvel impératif catégorique pour l'âge technologique : agir de sorte que les effets de l'action restent compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur Terre. L'ouvrage exercera une influence considérable sur l'écologie politique allemande et le principe de précaution. Récompensé du Prix de la paix des libraires allemands en 1987, Jonas meurt le 5 février 1993 à New Rochelle, dans l'État de New York.
III—Héritage
Hans Jonas est le père fondateur de l'éthique environnementale et de la bioéthique comme disciplines philosophiques à part entière : « Le Principe responsabilité » a directement inspiré le principe de précaution inscrit dans le droit allemand puis européen de l'environnement, et nourri l'écologie politique dès les années 1980. Figure de pont entre la phénoménologie héritée de Husserl et de Heidegger et l'éthique appliquée contemporaine, il a également réhabilité l'étude philosophique du gnosticisme antique et renouvelé, après Auschwitz, la théologie juive de la responsabilité divine. Sa pensée connaît un regain d'actualité marqué face à la crise climatique et aux enjeux biotechnologiques ; le Hans-Jonas-Zentrum de Siegen et de nombreux colloques internationaux entretiennent aujourd'hui la recherche sur son œuvre, dont Éric Pommier est l'un des principaux introducteurs en France.
Œuvres Notables
- Gnosis und spätantiker Geist (1934)
- The Gnostic Religion (1958)
- The Phenomenon of Life: Toward a Philosophical Biology (1966)
- Organismus und Freiheit (1973)
- Das Prinzip Verantwortung: Versuch einer Ethik für die technologische Zivilisation (1979)
- Der Gottesbegriff nach Auschwitz (1984)
- Technik, Medizin und Ethik (1985)
I—L'Intemporel

Hans Jonas
1903 — 1993
XXe siècle
München-Gladbach (auj. Mönchengladbach), Empire allemand
Philosophie, Éthique, Philosophie de la biologie, Philosophie de la religion
II—Biographie
Né le 10 mai 1903 à München-Gladbach (aujourd'hui Mönchengladbach) dans une famille juive rhénane, Hans Jonas étudie la philosophie à Fribourg, Marbourg et Heidelberg auprès de Husserl, Heidegger et du théologien Rudolf Bultmann. Sa thèse sur la gnose antique, soutenue à Marbourg en 1928 et publiée sous le titre « Gnosis und spätantiker Geist » (1934), applique à la lecture des textes gnostiques les outils de l'herméneutique existentiale — travail pionnier qui le lie pour la vie à sa condisciple Hannah Arendt. Contraint à l'exil en 1933 — juif, et rompant définitivement avec Heidegger après l'adhésion de celui-ci au parti nazi —, il gagne la Palestine mandataire, puis s'engage dans la Brigade juive de l'armée britannique et combat en Italie contre la Wehrmacht. À son retour, il apprend que sa mère a été assassinée à Auschwitz — traumatisme qui infléchira durablement sa pensée. Il combat de nouveau lors de la guerre d'indépendance israélienne de 1948, avant d'émigrer au Canada (McGill, puis Carleton) en 1949, puis à la New School for Social Research de New York en 1955, où il enseigne jusqu'à sa retraite en 1976. Sa pensée bascule alors de l'histoire des religions vers une philosophie systématique de la vie organique : « The Phenomenon of Life » (1966, édition allemande « Organismus und Freiheit », 1973) fonde l'éthique dans la structure même du vivant, contre le dualisme cartésien. Ce travail culmine dans « Das Prinzip Verantwortung » (1979) — Le Principe responsabilité —, qui propose un nouvel impératif catégorique pour l'âge technologique : agir de sorte que les effets de l'action restent compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur Terre. L'ouvrage exercera une influence considérable sur l'écologie politique allemande et le principe de précaution. Récompensé du Prix de la paix des libraires allemands en 1987, Jonas meurt le 5 février 1993 à New Rochelle, dans l'État de New York.
III—Héritage
Hans Jonas est le père fondateur de l'éthique environnementale et de la bioéthique comme disciplines philosophiques à part entière : « Le Principe responsabilité » a directement inspiré le principe de précaution inscrit dans le droit allemand puis européen de l'environnement, et nourri l'écologie politique dès les années 1980. Figure de pont entre la phénoménologie héritée de Husserl et de Heidegger et l'éthique appliquée contemporaine, il a également réhabilité l'étude philosophique du gnosticisme antique et renouvelé, après Auschwitz, la théologie juive de la responsabilité divine. Sa pensée connaît un regain d'actualité marqué face à la crise climatique et aux enjeux biotechnologiques ; le Hans-Jonas-Zentrum de Siegen et de nombreux colloques internationaux entretiennent aujourd'hui la recherche sur son œuvre, dont Éric Pommier est l'un des principaux introducteurs en France.
Œuvres Notables
- Gnosis und spätantiker Geist (1934)
- The Gnostic Religion (1958)
- The Phenomenon of Life: Toward a Philosophical Biology (1966)
- Organismus und Freiheit (1973)
- Das Prinzip Verantwortung: Versuch einer Ethik für die technologische Zivilisation (1979)
- Der Gottesbegriff nach Auschwitz (1984)
- Technik, Medizin und Ethik (1985)
