I—L'Intemporel

Léonard de Vinci
1452 — 1519
XVe – XVIe siècle
Vinci, République de Florence (auj. Toscane, Italie)
Peinture, Ingénierie et sciences mécaniques, Anatomie, Architecture
II—Biographie
Léonard naît le 15 avril 1452 à Vinci, en Toscane, fils illégitime du notaire florentin ser Piero da Vinci et d'une jeune femme de condition modeste, Caterina. Élevé dans l'entourage paternel, il rejoint Florence à la fin des années 1460 et entre dans l'atelier d'Andrea del Verrocchio, l'un des ateliers les plus actifs de la ville, où se mêlent peinture, sculpture et orfèvrerie. Il y collabore notamment au Baptême du Christ, où l'ange qu'on lui attribue témoigne déjà d'une main singulière. Inscrit en 1472 à la Compagnia di San Luca, la guilde des peintres florentins, il travaille de manière indépendante jusqu'au début des années 1480, laissant inachevée une Adoration des mages restée à l'état d'esquisse. En 1482, Léonard part pour Milan et se met au service du duc Ludovic Sforza, dit le More — se présentant dans sa lettre de candidature avant tout comme ingénieur militaire, capable de concevoir ponts, machines de siège et pièces d'artillerie, la peinture n'étant mentionnée qu'en dernier lieu. Il passe environ dix-sept ans à la cour milanaise : organisateur de fêtes et de spectacles, ingénieur hydraulique, il conçoit aussi un immense monument équestre de bronze à la mémoire de Francesco Sforza, dont seul le modèle en terre voit le jour — le bronze destiné à la fonte est réquisitionné pour l'armement, et le modèle sera détruit par les troupes françaises en 1499. C'est à Milan qu'il peint La Cène (1495-1498) dans le réfectoire de Santa Maria delle Grazie, selon une technique expérimentale à sec qui commence à se dégrader dès son vivant. La chute du duché de Milan face à l'invasion française en 1499 pousse Léonard sur les routes : Mantoue, Venise, puis retour à Florence en 1500. En 1502, il sert quelques mois comme architecte et ingénieur militaire de Cesare Borgia, parcourant les places fortes de l'Italie centrale — une mission durant laquelle il côtoie Nicolas Machiavel. De retour à Florence entre 1503 et 1506, il entreprend le portrait de Mona Lisa del Giocondo, tout en préparant, sans jamais l'achever, une fresque de la Bataille d'Anghiari pour le Palazzo Vecchio, conçue en rivalité avec la Bataille de Cascina de Michel-Ange. Ces années voient aussi s'intensifier ses dissections anatomiques, menées notamment aux côtés du médecin Marcantonio della Torre, d'où sortent des planches d'une précision qui devance de loin les traités d'anatomie publiés de son temps. Léonard retourne à Milan en 1506, sous l'autorité du gouverneur français Charles d'Amboise, et y poursuit ses recherches scientifiques et techniques — géologie, hydraulique, vol des oiseaux et machines volantes. En 1513, il s'installe à Rome sous la protection de Julien de Médicis, à la cour du pape Léon X, mais n'y reçoit que peu de commandes d'ampleur, éclipsé par Raphaël et Michel-Ange. En 1516, le roi de France François Ier l'invite à s'installer au château du Clos Lucé, près d'Amboise, avec le titre de premier peintre, ingénieur et architecte du roi. Léonard y apporte ses œuvres les plus précieuses, dont La Joconde. Il peint peu durant ces dernières années, mais poursuit ses travaux scientifiques, ses projets d'ingénierie hydraulique et urbaine, et la tenue de ses carnets, où se croisent mathématiques, géométrie et philosophie naturelle. Il meurt au Clos Lucé le 2 mai 1519, à soixante-sept ans ; la tradition d'une mort dans les bras du roi, popularisée par la peinture du XIXe siècle, n'est étayée par aucune source contemporaine, même si François Ier lui rendait fréquemment visite. Il est inhumé dans la collégiale Saint-Florentin du château d'Amboise ; sa tombe, profanée à la Révolution, fait l'objet d'une réinhumation incertaine, sous attribution, dans la chapelle Saint-Hubert au XIXe siècle.
III—Héritage
Avec Michel-Ange et Raphaël, Léonard de Vinci définit le haut de la Renaissance italienne. Le sfumato — ce passage sans contour dur entre les tons — et une science nouvelle de la composition pyramidale et de la perspective atmosphérique renouvellent en profondeur la peinture occidentale. La Joconde, surtout depuis son vol au Louvre en 1911 et sa restitution en 1913, est devenue le tableau le plus visité au monde. Environ 7 000 pages de ses carnets nous sont parvenues, dispersées entre plusieurs collections — le Codex Atlanticus à la Bibliothèque ambrosienne de Milan, le Codex Leicester, en mains privées, ou le Codex Arundel à la British Library. Rédigées le plus souvent en écriture spéculaire, elles mêlent études anatomiques, croquis d'ingénierie — machines volantes, véhicule blindé, dispositifs hydrauliques —, observations botaniques et géologiques : une pensée qui anticipe par endroits des principes que la science formalisera bien plus tard, même si l'essentiel de ces machines resta à l'état d'étude spéculative, jamais construite ni éprouvée en son temps. Le cinq-centième anniversaire de sa mort, en 2019, a suscité de grandes expositions — au Louvre notamment — et relancé les débats savants, jusque sur l'authenticité et l'attribution d'œuvres comme le Salvator Mundi. Le château du Clos Lucé, lieu de sa mort, est devenu un site patrimonial majeur consacré à sa vie et à ses machines, visité chaque année par plusieurs centaines de milliers de personnes. L'historiographie récente — en France notamment à travers les travaux d'historiens comme Pascal Brioist — s'est employée à dissiper le mythe romantique du génie universel solitaire, pour restituer un Léonard inscrit dans les réseaux d'ateliers, de techniques et de savoir-faire pratiques de son temps.
Œuvres Notables
- La Vierge aux rochers (1483–1486)
- La Dernière Cène (1495–1498)
- La Dame à l'hermine (1489–1490)
- L'Homme de Vitruve (v. 1490)
- La Joconde (1503–1519)
- Saint Jean-Baptiste (1513–1516)
- Codex Atlanticus (1478–1519)
- Codex Leicester (1504–1510)
I—L'Intemporel

Léonard de Vinci
1452 — 1519
XVe – XVIe siècle
Vinci, République de Florence (auj. Toscane, Italie)
Peinture, Ingénierie et sciences mécaniques, Anatomie, Architecture
II—Biographie
Léonard naît le 15 avril 1452 à Vinci, en Toscane, fils illégitime du notaire florentin ser Piero da Vinci et d'une jeune femme de condition modeste, Caterina. Élevé dans l'entourage paternel, il rejoint Florence à la fin des années 1460 et entre dans l'atelier d'Andrea del Verrocchio, l'un des ateliers les plus actifs de la ville, où se mêlent peinture, sculpture et orfèvrerie. Il y collabore notamment au Baptême du Christ, où l'ange qu'on lui attribue témoigne déjà d'une main singulière. Inscrit en 1472 à la Compagnia di San Luca, la guilde des peintres florentins, il travaille de manière indépendante jusqu'au début des années 1480, laissant inachevée une Adoration des mages restée à l'état d'esquisse. En 1482, Léonard part pour Milan et se met au service du duc Ludovic Sforza, dit le More — se présentant dans sa lettre de candidature avant tout comme ingénieur militaire, capable de concevoir ponts, machines de siège et pièces d'artillerie, la peinture n'étant mentionnée qu'en dernier lieu. Il passe environ dix-sept ans à la cour milanaise : organisateur de fêtes et de spectacles, ingénieur hydraulique, il conçoit aussi un immense monument équestre de bronze à la mémoire de Francesco Sforza, dont seul le modèle en terre voit le jour — le bronze destiné à la fonte est réquisitionné pour l'armement, et le modèle sera détruit par les troupes françaises en 1499. C'est à Milan qu'il peint La Cène (1495-1498) dans le réfectoire de Santa Maria delle Grazie, selon une technique expérimentale à sec qui commence à se dégrader dès son vivant. La chute du duché de Milan face à l'invasion française en 1499 pousse Léonard sur les routes : Mantoue, Venise, puis retour à Florence en 1500. En 1502, il sert quelques mois comme architecte et ingénieur militaire de Cesare Borgia, parcourant les places fortes de l'Italie centrale — une mission durant laquelle il côtoie Nicolas Machiavel. De retour à Florence entre 1503 et 1506, il entreprend le portrait de Mona Lisa del Giocondo, tout en préparant, sans jamais l'achever, une fresque de la Bataille d'Anghiari pour le Palazzo Vecchio, conçue en rivalité avec la Bataille de Cascina de Michel-Ange. Ces années voient aussi s'intensifier ses dissections anatomiques, menées notamment aux côtés du médecin Marcantonio della Torre, d'où sortent des planches d'une précision qui devance de loin les traités d'anatomie publiés de son temps. Léonard retourne à Milan en 1506, sous l'autorité du gouverneur français Charles d'Amboise, et y poursuit ses recherches scientifiques et techniques — géologie, hydraulique, vol des oiseaux et machines volantes. En 1513, il s'installe à Rome sous la protection de Julien de Médicis, à la cour du pape Léon X, mais n'y reçoit que peu de commandes d'ampleur, éclipsé par Raphaël et Michel-Ange. En 1516, le roi de France François Ier l'invite à s'installer au château du Clos Lucé, près d'Amboise, avec le titre de premier peintre, ingénieur et architecte du roi. Léonard y apporte ses œuvres les plus précieuses, dont La Joconde. Il peint peu durant ces dernières années, mais poursuit ses travaux scientifiques, ses projets d'ingénierie hydraulique et urbaine, et la tenue de ses carnets, où se croisent mathématiques, géométrie et philosophie naturelle. Il meurt au Clos Lucé le 2 mai 1519, à soixante-sept ans ; la tradition d'une mort dans les bras du roi, popularisée par la peinture du XIXe siècle, n'est étayée par aucune source contemporaine, même si François Ier lui rendait fréquemment visite. Il est inhumé dans la collégiale Saint-Florentin du château d'Amboise ; sa tombe, profanée à la Révolution, fait l'objet d'une réinhumation incertaine, sous attribution, dans la chapelle Saint-Hubert au XIXe siècle.
III—Héritage
Avec Michel-Ange et Raphaël, Léonard de Vinci définit le haut de la Renaissance italienne. Le sfumato — ce passage sans contour dur entre les tons — et une science nouvelle de la composition pyramidale et de la perspective atmosphérique renouvellent en profondeur la peinture occidentale. La Joconde, surtout depuis son vol au Louvre en 1911 et sa restitution en 1913, est devenue le tableau le plus visité au monde. Environ 7 000 pages de ses carnets nous sont parvenues, dispersées entre plusieurs collections — le Codex Atlanticus à la Bibliothèque ambrosienne de Milan, le Codex Leicester, en mains privées, ou le Codex Arundel à la British Library. Rédigées le plus souvent en écriture spéculaire, elles mêlent études anatomiques, croquis d'ingénierie — machines volantes, véhicule blindé, dispositifs hydrauliques —, observations botaniques et géologiques : une pensée qui anticipe par endroits des principes que la science formalisera bien plus tard, même si l'essentiel de ces machines resta à l'état d'étude spéculative, jamais construite ni éprouvée en son temps. Le cinq-centième anniversaire de sa mort, en 2019, a suscité de grandes expositions — au Louvre notamment — et relancé les débats savants, jusque sur l'authenticité et l'attribution d'œuvres comme le Salvator Mundi. Le château du Clos Lucé, lieu de sa mort, est devenu un site patrimonial majeur consacré à sa vie et à ses machines, visité chaque année par plusieurs centaines de milliers de personnes. L'historiographie récente — en France notamment à travers les travaux d'historiens comme Pascal Brioist — s'est employée à dissiper le mythe romantique du génie universel solitaire, pour restituer un Léonard inscrit dans les réseaux d'ateliers, de techniques et de savoir-faire pratiques de son temps.
Œuvres Notables
- La Vierge aux rochers (1483–1486)
- La Dernière Cène (1495–1498)
- La Dame à l'hermine (1489–1490)
- L'Homme de Vitruve (v. 1490)
- La Joconde (1503–1519)
- Saint Jean-Baptiste (1513–1516)
- Codex Atlanticus (1478–1519)
- Codex Leicester (1504–1510)
